Lenteur mode d'emploi

Carl Honoré

Aujourd'hui, nous sommes devenus fous d'impatience. Résultat : on se détraque la santé, on perd ses amis et on se lance dans des projets immatures. Or, partout dans le monde, des gens l'ont compris. L'auteur a enquêté dans des écoles, des entreprises, des mairies, etc., où l'on apprend à réfléchir avant d'agir, à reconnaître ses erreurs, à miser sur le long terme... Le « slow movement » est en marche !

286 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 160x213

Coulisses

Patrice van Eersel : Comment avez-vous pris conscience de la nécessité de ralentir ?Carl Honoré : La révélation m'est venue il y a douze ans, un soir où, encore plus pressé que d'habitude, j'étais en train de me demander comment raconter une histoire à mes deux enfants en moins de trois minutes, pour gagner du temps. Soudain, je me suis vu sacrifiant leur épanouissement sur l'autel de l'accélération. Et tout a basculé dans ma tête.Patrice van Eersel : Le besoin de « slow » a changé votre propre vie ?Carl Honoré : Oui, mais attention, faisons la part entre le « bon slow » (prendre son temps pour manger, admirer, aimer, etc.) et le « mauvais slow » (la lenteur bureaucratique, par exemple, ou l'inertie des mentalités xénophobes). Je continue à aimer la vitesse dans toutes sortes de circonstances, notamment sur les stades - mais, pour rééquilibrer, je me suis mis au yoga -, et pas comme ces imbéciles qui se coincent une vertèbre pour avoir voulu se mettre sur la tête trop vite !Patrice van Eersel : Selon vous, ce changement n'est pas anecdotique...

Entre nous

Carl Honoré : Nous sortons d'une période de cent cinquante ans où l'évolution des choses est allée de plus en plus vite. Longtemps, il fut évident que l'accélération était synonyme de progrès, faisant plus de bien que de mal. Mais nous avons atteint un stade où ce rapport s'est inversé : désormais l'emballement général cause plus de torts qu'il ne procure de bienfaits, aux individus comme aux collectivités, aux humains comme à la nature. Nous nous trouvons donc à un point d'inflexion dans l'histoire. Prétendre que tout doit continuer à aller de plus en plus vite est devenu un non-sens sur les plans écologique, social, économique, culturel, philosophique ou spirituel. Toute la question est de savoir comment, concrètement, poursuivre notre progression dans la voie de la civilisation tout en ralentissant nos rythmes, aussi bien dans notre vie privée qu'au travail (...). L'Europe me semble plus à même d'affronter la mutation que l'Amérique, parce que l'espace-temps historique y est beaucoup plus vaste, ce qui nous calme et nous vaccine contre l'instantanéisme et le côté éphémère qui règnent outre-Atlantique.Patrice van Eersel : Votre nouveau livre signale que cette mutation a bel et bien commencé.Carl Honoré : Oui, faisant le tour du monde, je suis allé de surprise en surprise. L'avant-garde des entreprises, des écoles, des hôpitaux, des administrations - et même des prisons ! - a commencé à modifier radicalement sa façon de fonctionner. Il faut apprendre à trier, à choisir, à réfléchir à plusieurs, à dire non, bref, à inventer une nouvelle qualité de vie.

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