L'Homme-Chevreuil

Geoffroy Delorme

Amoureux de la nature, Geoffroy Delorme n'a pas vingt ans quand il aperçoit, dans la forêt de Louviers, en Normandie, un chevreuil curieux et joueur. Le jeune homme et l'animal s'apprivoisent. Geoffroy lui donne un nom, Daguet, et le chevreuil lui ouvre les portes de la forêt et du monde fascinant de ses semblables. Geoffroy s'installe parmi eux et son expérience immersive va durer sept ans. Vivre seul en forêt sans tente, ni abri, ni même un sac de couchage ou une couverture, c'est surtout apprendre à survivre. Geoffroy Delorme suit l'exemple des chevreuils. Il adopte leurs comportements, apprend à se nourrir, à dormir et à se protéger comme eux. Il acquiert une connaissance unique de ces animaux et de leur mode de vie, il les observe, les photographie et communique avec eux. Il apprend à partager leurs joies, leurs peines et leurs peurs. Aujourd'hui, il raconte. Lire la suite

251 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 140x220

Chapeau

Renouer avec la vie sauvage est une tentation pour nombre d'entre nous. Geoffroy Delorme en a fait une expérience radicale, fascinante, qu'il raconte et partage avec nous.

Interview



1. L'expérience que vous avez vécue vous a éloigné des hommes. Quelle perception avez-vous aujourd'hui de vous-même ? Etes-vous un être humain comme les autres ?

La perception que j'ai de moi est celle d'un homme qui a trouvé un des chemins possibles qui mènent vers quelque chose de plus grand que la liberté : l'autonomie en partenariat. Une vision donc très éloignée de notre société qui prône l'indépendance et la compétitivité. Nous sommes tous différents mais interdépendants les uns des autres. La question n'est pas de savoir si l'on est comme les autres et de se voir à travers leur regard mais d'être heureux et de trouver dans sa vie une certaine plénitude. Ne pas penser, être plutôt qu'avoir, ne pas se comparer.

2. La solitude et l'absence d'échanges avec les humains ont-elles été parfois sources de souffrances ?

J'ai toujours vécu isolé de la civilisation et ce dès mon plus jeune âge. La solitude était donc pour moi quelque-chose de « normal » mais non sans souffrance. La rencontre des chevreuils et la découverte de leur société a corrigé cette anomalie et m'a permis de me recentrer. Chaque chevreuil rencontré m'a fait entrevoir une certaine élévation de conscience afin de m'adapter au milieu. Lorsque les chevreuils ruminaient, je méditais. Cela m'a aidé à regarder passer mes angoisses, mes phobies, mes peurs, sans les arrêter. Faire plus ample connaissance avec elles pour mieux les apprivoiser.

3. Pensez-vous que communier avec la nature et tisser des liens avec des animaux peut panser les blessures intimes de certains êtres ?

Les chevreuils ont été pour moi un baume à l'âme. Mais les blessures ne peuvent être effacées par une simple communion avec la nature et les animaux sauvages. Il ne s'agit pas d'utiliser la nature pour se guérir car la notion de profit n'existe pas dehors. En revanche, les animaux nous permettent de découvrir la clé plus facilement en nous mettant face à nous-même.

4. Votre témoignage a un grand écho. Selon vous, qu'est-ce qui, dans votre récit, résonne si fort dans l'esprit et le cœur des hommes et des femmes ?

Je pense que la civilisation à tellement facilité notre vie et notre développement qu'elle nous a extraits de notre environnement naturel, au point de nous en faire oublier d'où nous venons. Aujourd'hui, l'avenir est incertain et fait peur. Alors cette quête perpétuelle du sauvage nous fait entrevoir un repère oublié du passé. Vivre de la Forêt entouré de mes amis chevreuils m'a fait découvrir qu'avant même de comprendre mon environnement, il fallait que je saisisse qui j'étais vraiment. Nous avons une micro-écologie, notre corps, à comprendre avant même de découvrir la grande écologie qui nous enveloppe. L'écologie est un subtil mélange d'alternance entre corps et conscience. Peu importe ce que l'on veut, qu'on croit ou qu'on voit pour se rassurer, la réponse est que la Nature, c'est nous-même.

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