J'ai pas les codes

Christel Petitcollin

La culture dite "normo-pensante" domine toutes les sphères de la société. Elle a ses codes, sa logique, qui échappent à la compréhension des personnes atypiques. Faute d'être en mesure de les décrypter, surefficients, hypersensibles, "pense trop" se trouvent souvent démunis, blessés, incompris, voire en rébellion contre un univers intraitable qui les ignore ou les rejette. Ils se sentent perpétuellement en décalage, situation désagréable qui engendre des malentendus et favorise les gaffes.

Cet ouvrage très vivant livre de nombreuses informations ainsi que des éclairages et des conseils très utiles, aussi bien pour les atypiques que pour ceux qui les côtoient. Un livre salutaire et plein d'espoir, car ces profils différents font preuve d'un pouvoir d'adaptation phénoménal dès lors qu'on leur donne les bonnes clés de compréhension de soi et de l'autre. Or, leur apport original est une richesse pour l'ensemble de la société.

Comme le souligne l'auteure, "la neurodiversité est aussi vitale au devenir humain que la biodiversité". Lire la suite

240 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 145x225

A propos de l'auteur

Questions à Christel Petitcollin pour la revue Nouvelles Clés

  

Vous décryptez les codes implicites de la culture « normo-pensante ». Pouvez-vous nous en citer quelques exemples ?

  

Cela fait des années que je vois les personnes atypiques rester perplexes devant la façon dont tourne le monde. Par exemple, ils ne comprennent pas le principe des « conversations de salon ». Pour eux, parler de tout et de rien, c’est parler pour ne rien dire. Ils s’ennuient et décrochent en soirée. De même, la façon de résoudre des problèmes diffère radicalement : doit-on accepter l’imperfection du monde ou lutter contre ? Dans cette société très normative, les surefficients ne trouvent pas leur place, parce qu’ils ne savent pas respecter un cadre non verbalisé, ni trouver la juste distance relationnelle. En revanche, étant hypersensibles, ils captent bien la gêne, l’agacement voire l’irritation qu’ils suscitent. C’est pourquoi j’ai décidé de leur expliquer de façon détaillée tous les implicites qu’ils ont loupés.

  

Quelle est votre expérience la plus mémorable de décryptage des codes ?

  

C’est au niveau des codes de séduction et de la drague que la différence entre neurotypiques et atypiques est la plus flagrante et cela crée beaucoup de mésaventures embarrassantes. Lorsque les atypiques me parlent de situations où « ils n’ont rien compris à ce qui s’est passé », il y avait en général une dimension jeu de séduction qu’ils n’ont pas captée. Avec leur coté affectueux, leur besoin de relations « profondes et amicales », les atypiques ne se rendent pas compte qu’ils draguent outrageusement (selon les codes neurotypiques) et ne voient pas non plus quand on les drague. Cela crée de nombreux quiproquos et des situations très équivoques. On peut en rire parfois, mais c’est blessant pour tout le monde et ça peut même devenir dangereux dans certains cas.

  

Qui ne s’est pas un jour désolé de ne pas « avoir les codes ». Cela veut-il dire que nous sommes tous, peu ou prou, des atypiques ?

  

Il faut s’entendre sur ce que l’on appelle les « codes ». Il y a les codes de politesse, en surface qui sont aujourd’hui effectivement bien malmenés en raison de leur désuétude et de leur inadéquation au monde actuel. Par exemple, on peut saluer toutes les personnes présentes dans l’épicerie du village. Cela devient impossible dans un hypermarché. Alors, à quel moment doit-on arrêter de chercher à saluer tout le monde ? Il y a aussi la mondialisation qui brasse toutes les cultures. Mais ces codes-là sont conscients, apparents et verbalisés. Il existe des manuels de savoir-vivre qui les expliquent. Dans beaucoup de cas, il suffit de les apprendre. Mais les codes dont je parle dans mon livre et que les surefficients ne captent pas, ce sont des codes plus profonds, des implicites jamais verbalisés et peu conscients. Or ils constituent le ciment de la cohésion sociale neurotypique. Ceux qui les appliquent ne savent même pas qu’ils les possèdent et seraient bien en peine d’expliquer leur teneur.

  

Comment aider les personnes atypiques à reconnaître et à accepter leur différence  ?

  

A vrai dire, je préfèrerais que vous me posiez la question inverse : « Comment aider les personnes neurotypiques à reconnaître et à accepter la différence des atypiques ? » Car les atypiques ne pourront reconnaitre accepter leur différence que lorsqu’ils se sentiront reconnus et acceptés avec elle par la société. Il est urgent de cesser de stigmatiser la différence. Actuellement, les personnes atypiques subissent dès l’enfance du rejet et des diagnostics pathologisants (Troubles dys, autisme, TDAH…). Même l’hypersensibilité est suspecte. Pourtant, dès qu’on donne le droit à un enfant d’être naturellement différent et qu’on lui explique comment il fonctionne, il retrouve toute sa confiance en lui et s’ouvre aux autres. Il faudrait aussi pouvoir lui expliciter clairement ces codes qu’il ne capte pas. Les atypiques ont un pouvoir d’adaptation phénoménal dès qu’on leur donne les bonnes clés de compréhension de soi et de l’autre.

  

Quelle genre d’actions, à l’échelle de la société, pourrait contribuer à rendre les codes invisibles plus intelligibles pour le plus grand nombre ?

  

Il faudrait beaucoup informer sur ce sujet, donc beaucoup en parler. Les adultes doivent s’arrêter de rejeter la différence, quelle qu’elle soit, pour pouvoir enseigner la bienveillance et la fraternité aux enfants. Dans beaucoup de pays, la neurodiversité est déjà bien acceptée parce qu’elle est connue et comprise. Par exemple, en Grande Bretagne, être « Aspie » (Autiste asperger) ne pose pas de problème. Il suffit de le dire et les gens, sachant de quoi il retourne, auront l’attitude adéquate, bienveillante et inclusive. Au niveau des codes et des implicites, il faut conscientiser leur existence, les verbaliser, accepter de les remettre en perspectives, d’en rire aussi et de les assouplir. Ne pas maitriser ces codes ne devrait jamais justifier l’exclusion et le harcèlement. Or, on dit encore trop souvent aux personnes harcelées que ce sont elles qui ont « des problèmes d’intégration » On aurait tous à y gagner : les normes et la standardisation asphyxient la créativité. La neurodiversité est aussi vitale au devenir humain que la biodiversité.

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